Permanence des données : Apprenez à gérer vos données personnelles
La permanence des données désigne le fait qu’un contenu publié en ligne (photo, message, vidéo) peut rester accessible pendant des années, même après suppression, parce qu’il a pu être copié, capturé ou archivé entretemps. Pour un enfant, le risque est concret : une publication de ses 12 ans peut ressurgir à 18 ans devant un recruteur, un harceleur ou un escroc. On limite ce risque en réfléchissant avant de publier, en passant ses comptes en privé et en utilisant le droit à l’effacement, renforcé pour les mineurs. Supprimer une photo ne la fait pas disparaître d’Internet : ce guide explique le phénomène et donne les gestes pour garder la main sur ce que vous publiez.
C'est quoi, la permanence des données ?
La permanence des données est le fait qu’une information numérique continue d’exister après que son auteur a voulu la retirer. Une photo, un commentaire ou un message vocal se copie en une seconde, sans perte de qualité et sans que vous le sachiez. Dès la première copie, votre bouton « supprimer » n’agit plus que sur votre exemplaire.
On parle aussi d’empreinte numérique ou de traces numériques pour désigner tout ce qui reste ainsi derrière nous.
Pourquoi « supprimer » ne veut pas dire « effacer »
Un contenu en ligne existe rarement à un seul endroit. Voici où il survit après sa suppression.
| Où la donnée survit | Ce qui se passe | Ce que vous pouvez faire |
|---|---|---|
| Le téléphone des autres | Capture d’écran, enregistrement vidéo de l’écran, photo prise avec un second appareil | Rien sur le plan technique, d’où l’importance de choisir ses destinataires |
| Les repartages | Le contenu circule dans des groupes et sur d’autres comptes | Signaler chaque copie à la plateforme |
| Les serveurs des plateformes | Les sauvegardes peuvent conserver un contenu quelque temps après sa suppression | Demander l’effacement par écrit |
| Les moteurs de recherche | Une page supprimée reste visible dans les résultats tant que l’index n’est pas mis à jour | Demander le déréférencement |
| Les archives du web | Des services comme la Wayback Machine enregistrent des pages publiques | Demander le retrait au service d’archive |
| Les fuites de données | Une base piratée se revend et se recopie sans fin | Changer ses mots de passe et surveiller ses comptes |
| Les outils d’IA | Des images publiques ont servi à entraîner des modèles et sont très difficiles à en retirer | Limiter ce qui est public |
Les risques de la permanence des données pour un enfant ou un ado ?
Le danger vient du décalage entre le moment où l’on publie et le moment où le contenu ressort. Un enfant de 12 ans ne publie pas en pensant à l’adulte qu’il sera.
| Risque | À quoi cela ressemble |
|---|---|
| Réputation | Une vidéo moqueuse ou un vieux commentaire retrouvé par un camarade, une école ou un recruteur |
| Cyberharcèlement | Une photo gênante ressortie des années plus tard dans un groupe de classe |
| Sextorsion | Une image intime envoyée à une seule personne devient un moyen de chantage |
| Usurpation d’identité | Un nom, une date de naissance, une école et quelques photos suffisent à créer un faux profil crédible |
| Deepfakes | Des photos publiques du visage permettent de fabriquer une fausse image ou une fausse vidéo |
Parents : vos publications restent aussi
Les enfants ne sont pas les seuls à alimenter leur empreinte numérique. Le « sharenting », contraction des mots anglais share et parenting, désigne l’habitude de publier des photos de ses enfants. Selon l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique, 53 % des parents français l’ont déjà fait. Une étude de l’agence britannique Opinium, publiée en 2018 et reprise par la CNIL, estime que les parents d’un enfant de 13 ans ont déjà mis en ligne 1 300 photos de lui en moyenne.
Ces images échappent vite à la famille. La CNIL rappelle que la moitié des photos d’enfants échangées sur les forums pédocriminels ont d’abord été publiées par les parents sur leurs réseaux sociaux.
Le droit a évolué. Depuis la loi du 19 février 2024, le Code civil précise que les parents protègent en commun le droit à l’image de leur enfant mineur et qu’ils l’associent aux décisions selon son âge et sa maturité. En cas de désaccord, le juge aux affaires familiales peut interdire à un parent de publier sans l’accord de l’autre.
La CNIL déconseille de publier des photos de ses enfants sur les réseaux sociaux, surtout avec un profil public. Si vous tenez à partager, quatre précautions réduisent le risque :
- Passer par une messagerie privée plutôt que par un réseau social.
- Écarter toute photo d’enfant dénudé, au bain ou à la plage.
- Retirer ce qui permet de le localiser, comme le nom de l’école ou le maillot du club.
- Demander à la famille et aux amis de ne rien repartager sans votre accord.
Les bons réflexes avant de publier
- Passer les comptes en privé et trier la liste d’abonnés une fois par an.
- Ne jamais montrer l’adresse, le nom de l’école, l’emploi du temps ou un document d’identité.
- Demander son accord à toute personne visible sur une photo, y compris à son propre enfant.
- N’envoyer aucune image intime, même à quelqu’un de confiance.
- Taper son nom et son pseudo dans un moteur de recherche de temps en temps pour voir ce qui ressort.
- Protéger chaque compte avec un mot de passe unique et la double authentification, car un compte piraté rend public ce qui était privé.
Les messages « éphémères » méritent une mise en garde à part. Une story visible 24 heures ou un message qui s’efface après lecture donne une impression de sécurité. Le destinataire peut pourtant faire une capture d’écran, et la notification envoyée à l’expéditeur arrive une fois la copie faite. Un second téléphone qui filme l’écran ne laisse aucune trace.
Comment faire retirer un contenu déjà en ligne
Plus la réaction est rapide, moins le contenu a le temps de circuler.
- Conservez des preuves avant toute chose, avec des captures d’écran datées, l’adresse de la page et le nom du compte.
- Signalez le contenu à la plateforme avec son outil de signalement.
- Appelez le 3018 si un mineur est concerné. Ce numéro gratuit et anonyme répond 7 jours sur 7, de 9 h à 23 h, par téléphone, par tchat ou dans l’application 3018. L’association qui le gère a été désignée « signaleur de confiance » par l’Arcom : les plateformes doivent traiter ses signalements en priorité, et elle annonce des retraits en quelques heures.
- Exercez le droit à l’effacement auprès de la plateforme. Le RGPD et la loi Informatique et Libertés imposent un effacement dans les meilleurs délais quand les données ont été collectées pendant la minorité. Ce droit vaut encore à l’âge adulte pour ce qui a été publié avant 18 ans, et la CNIL fournit des modèles de courrier.
- Saisissez la CNIL si la plateforme refuse ou ne répond pas sous un mois. Pour des données collectées pendant la minorité, la loi lui donne trois semaines pour se prononcer.
- Demandez le déréférencement aux moteurs de recherche. Le contenu reste en ligne mais n’apparaît plus quand on tape le nom de votre enfant.
- Utilisez Take It Down pour une image intime d’un mineur. Ce service gratuit du centre américain NCMEC crée une empreinte numérique de l’image sur votre appareil, sans l’envoyer, et les plateformes partenaires bloquent les copies. StopNCII rend le même service aux adultes.
- Déposez plainte en cas de harcèlement, de chantage ou de diffusion d’images intimes. Cybermalveillance.gouv.fr oriente vers les bons interlocuteurs et la plateforme Pharos reçoit les signalements de contenus illicites.
Ces démarches réduisent fortement la visibilité d’un contenu. Elles n’atteignent pas les copies enregistrées sur des appareils privés.
Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : où en est la loi ?
Le Parlement a adopté le 21 juillet 2026 une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, qui devait s’appliquer dès le 1er septembre aux nouveaux comptes. Le Conseil constitutionnel a censuré cette interdiction le 14 août 2026. Il l’a jugée disproportionnée au regard de la liberté d’expression des mineurs et trop peu encadrée sur la vérification de l’âge, qui aurait concerné tous les utilisateurs, adultes compris.
Le gouvernement a transmis une nouvelle version à la Commission européenne le 14 septembre 2026. Selon une source gouvernementale citée par l’AFP, elle viserait une dizaine de fonctionnalités jugées nocives ou addictives et ouvrirait une dérogation pour les 13 à 15 ans avec l’accord des parents.
En octobre 2026, rien n’a donc changé pour les familles. Quelle que soit l’issue, une limite d’âge ne règle pas la permanence des données : les photos publiées par les parents, les messageries et les comptes ouverts après 15 ans restent concernés.
Permanence des données : À lire avec votre enfant
Internet a une très bonne mémoire. Quand tu envoies une photo ou un message, c’est comme écrire au feutre indélébile : tu peux barrer, la trace reste. Même si tu supprimes, quelqu’un a pu garder une copie sur son téléphone.
Tu peux continuer à partager des choses avec tes amis. Il faut juste réfléchir avant d’appuyer sur « envoyer ».
Trois questions à se poser avant d’envoyer :
- Je serais d’accord pour que toute ma classe voie ça ?
- J’en serai encore fier dans cinq ans ?
- La personne sur la photo est d’accord ?
Si quelque chose te gêne ou te fait peur en ligne, tu peux en parler à un adulte en qui tu as confiance ou appeler le 3018.
Un mot pour les parents : dites clairement à votre enfant qu’il ne sera pas puni pour avoir demandé de l’aide. La peur de perdre son téléphone est la première raison de se taire.
Permanence des données - FAQ
Les stories et les messages éphémères disparaissent vraiment ?
De l’écran, oui. Le destinataire a pu en faire une capture ou les filmer avec un autre appareil avant leur disparition. Un contenu éphémère doit être traité comme un contenu permanent.
Un mineur peut demander seul l’effacement de ses données ?
Oui. La CNIL considère que les mineurs doivent pouvoir exercer directement leurs droits auprès des réseaux sociaux, des plateformes de jeux et des sites de partage de vidéos. Les parents peuvent aussi faire la demande au nom de leur enfant.
On peut tout effacer d’Internet ?
Non. On peut faire supprimer un contenu sur une plateforme et le faire sortir des résultats de recherche. Les copies enregistrées sur des appareils privés restent hors d’atteinte, et le droit à l’effacement connaît des limites, par exemple face à la liberté d’expression de la presse.
Mon enfant a déjà publié quelque chose de gênant. C’est trop tard ?
Non. Supprimez le contenu, signalez les copies visibles et appelez le 3018 si la situation vous dépasse. Un contenu retiré tôt a peu circulé.
Sources
- CNIL, Le droit à l’effacement : supprimer vos données en ligne
- CNIL, Partage de photos et vidéos de votre enfant sur les réseaux sociaux : quels sont les risques ?
- CNIL, Recommandation 2 : encourager les mineurs à exercer leurs droits
- Conseil d’État, décision du 14 février 2024 citant l’article 51 de la loi Informatique et Libertés
- Actu Juridique, Protection du droit à l’image de l’enfant : publication de la loi du 19 février 2024
- CAF, Le 3018, une aide concrète contre le cyberharcèlement et les violences en ligne
- Selectra, 3018 : harcèlement scolaire en ligne et statut de signaleur de confiance
- Blog du Modérateur, Snapchat : l’illusion de l’éphémère
- VOA, Take It Down : un outil pour retirer les images explicites de mineurs
- LCP, Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : ce que contient la loi adoptée
- Next, Le Conseil constitutionnel censure le contrôle de l’âge des internautes
- DH, Paris soumet une nouvelle version de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans
Pour en savoir plus :
Les Dangers d’Internet pour les Adolescents : Comment Protéger Vos Enfants en Ligne.





