Doxing : quand vos informations personnelles sont publiées pour vous nuire
Le doxing, ou doxxing, consiste à rassembler puis publier en ligne l’adresse, le numéro, l’école ou le lieu de travail d’une personne pour l’exposer à du harcèlement ou à des violences. En France, c’est un délit depuis 2021, puni de 3 ans de prison et 45 000 € d’amende, et de 5 ans quand la victime est mineure. Si vous êtes visé, gardez les preuves, signalez la publication sur Pharos et demandez le retrait des informations aux plateformes et à Google.
Une adresse retrouvée grâce à une photo de vacances, un nom d’école lu sur un sweat : quelques indices suffisent. Voici comment fonctionne le doxing, comment vérifier ce qu’on trouve sur vous et comment faire disparaître ces informations.
Doxing : définition
Le doxing, parfois écrit doxxing, consiste à rassembler des informations sur une personne puis à les publier pour l’exposer. Le mot vient de « docs », pour documents, dans le jargon des pirates informatiques des années 1990. Les informations visées sont celles qui permettent de retrouver quelqu’un dans la vie réelle : nom complet, adresse du domicile, numéro de téléphone, adresse mail, école ou lieu de travail, plaque d’immatriculation, noms et adresses des proches.
Ce qui distingue le doxing d’une simple indiscrétion, c’est l’intention. Publier l’adresse d’une personne en appelant d’autres internautes à « lui rendre visite » vise à l’exposer à un danger, même si chaque information, prise isolément, était trouvable. Le doxing sert souvent de point de départ à un raid, comme l’explique notre guide sur le cyberharcèlement.
Comment les informations sont retrouvées
Un doxeur a rarement besoin de pirater quoi que ce soit. Il assemble des morceaux laissés en accès libre :
- le décor des photos : une plaque de rue, une façade, la vue depuis une fenêtre, un maillot de club ou le logo d’un établissement ;
- les réseaux sociaux : listes d’amis, identifications, stories localisées, anciens comptes jamais supprimés ;
- les annuaires et registres publics, comme les Pages Blanches ou l’annuaire des entreprises, où l’adresse d’un entrepreneur individuel est souvent celle de son domicile ;
- les fuites de données, qui associent une adresse mail à un numéro de téléphone ou à une adresse postale ;
- le même pseudo réutilisé sur plusieurs sites, qui relie un compte anonyme à une identité réelle.
Chaque élément paraît anodin, c’est leur recoupement qui permet de localiser quelqu’un. Notre liste des 7 informations personnelles à ne jamais diffuser et notre article sur la permanence des données montrent pourquoi ce qui est publié un jour reste exploitable des années plus tard.
Des exemples réels
En octobre 2020, le nom du professeur Samuel Paty et celui de son collège ont circulé sur les réseaux sociaux après un cours sur la liberté d’expression. Quelques jours plus tard, il était assassiné près de son établissement. Ce drame est à l’origine du délit de doxing créé en 2021.
Les mineurs sont aussi visés. Dans son rapport de transparence 2025, le 3018 indique qu’un site spécialisé dans la publication de dossiers personnels ne répond plus à ses demandes depuis août 2025, ce qui bloque le retrait de doxing visant des mineurs.
Les personnalités publiques, journalistes, élus ou streamers, subissent parfois une forme extrême de doxing : le swatting. L’agresseur se sert de l’adresse publiée pour signaler un faux drame à la police, qui intervient en force au domicile de la victime.
Ce que dit la loi
Depuis la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République, l’article 223-1-1 du code pénal punit le fait de diffuser des informations sur la vie privée, familiale ou professionnelle d’une personne qui permettent de l’identifier ou de la localiser, dans le but de l’exposer, elle ou sa famille, à un risque d’atteinte à sa personne ou à ses biens.
| Faits | Article | Peine maximale |
|---|---|---|
| Doxing | 223-1-1 | 3 ans et 45 000 € |
| Doxing d’un mineur, d’un élu, d’un agent public ou d’un journaliste | 223-1-1 | 5 ans et 75 000 € |
| Faux comptes au nom de la victime | 226-4-1 | 1 an et 15 000 € |
| Harcèlement en ligne, raid compris | 222-33-2-2 | 2 ans et 30 000 €, 3 ans avec une autre circonstance aggravante |
Le délit est constitué même si les informations étaient déjà publiques : c’est le but de la diffusion qui compte. Notre guide pour porter plainte pour cyberharcèlement détaille les démarches.
Vérifier ce qu’on trouve sur vous
Faites l’exercice du doxeur sur votre propre nom, une fois par an et à chaque changement de situation :
- tapez vos nom et prénom entre guillemets, puis ajoutez votre ville, votre école ou votre employeur ;
- lancez une recherche d’image inversée sur votre photo de profil avec Google Lens, pour voir où elle est réutilisée ;
- vérifiez sur Have I Been Pwned si votre adresse mail figure dans une fuite de données ;
- cherchez vos anciens pseudos et supprimez les comptes que vous n’utilisez plus ;
- créez une alerte Google à votre nom pour être prévenu des nouvelles pages.
Si vous êtes entrepreneur individuel, vous pouvez demander à l’Insee de ne plus diffuser vos informations dans le répertoire Sirene, depuis son site ou par mail. Les sites qui ont déjà repris ces données, comme les annuaires d’entreprises privés, doivent être contactés un par un.
Que faire si vous êtes victime
- Faites des captures d’écran de la publication avec la date, l’heure et l’adresse de la page, avant toute suppression.
- Signalez la publication à la plateforme, puis sur Pharos, internet-signalement.gouv.fr. Si la victime est mineure, appelez le 3018, qui obtient souvent un retrait en quelques heures.
- Demandez à Google de retirer les résultats qui affichent votre adresse, votre téléphone ou votre adresse mail. Depuis 2025, cette demande se fait en France directement depuis la page de résultats, avec le menu à trois points à côté du lien concerné, et un formulaire dédié couvre les cas de doxing.
- Exercez votre droit à l’effacement auprès du site qui publie vos données. Sans réponse sous un mois, adressez une plainte à la CNIL.
- Portez plainte au commissariat ou à la gendarmerie, en signalant toute menace de vous rendre visite. En cas de danger immédiat, appelez le 17.
- Sécurisez vos comptes avec de nouveaux mots de passe, la double authentification et un profil passé en privé.
Tous les contacts utiles sont réunis dans notre article sur le numéro cyberharcèlement et les autres numéros d’aide.
Protéger ses enfants du doxing
Les adolescents donnent souvent, sans le vouloir, les indices qui permettent de les retrouver. Quelques règles à fixer avec eux :
- ne pas publier de photo devant l’école, avec le logo du club ou le maillot de l’équipe ;
- activer le mode fantôme de la carte Snap et ne pas localiser ses stories, comme l’explique notre guide pour protéger un compte Snapchat ;
- désactiver la localisation dans l’appareil photo, un réglage détaillé dans notre article sur les dangers de la géolocalisation ;
- ne jamais indiquer son école ni sa ville dans une bio ;
- prévenir un adulte si quelqu’un publie ou menace de publier son adresse.
Le doxing précède souvent un harcèlement en meute ou le grooming : un adulte qui sait où un enfant va à l’école dispose d’un moyen de pression.
FAQ
Le doxing est-il illégal si les informations sont déjà publiques ?
Oui. L’article 223-1-1 punit la diffusion dans le but d’exposer une personne à un danger, quelle que soit l’origine des informations. Republier une adresse trouvée dans un annuaire en appelant à s’en prendre à quelqu’un est un délit.
Peut-on faire supprimer son adresse de Google ?
Oui. Google accepte de retirer de ses résultats les pages qui affichent votre adresse, votre numéro ou votre adresse mail sans votre accord. La page reste en ligne sur le site d’origine : il faut aussi demander sa suppression au site, puis saisir la CNIL si besoin.
Quelle différence entre doxing et swatting ?
Le doxing consiste à publier les informations personnelles de quelqu’un. Le swatting en est un prolongement : l’agresseur utilise l’adresse obtenue pour déclencher une fausse intervention de police chez la victime.
Sources : Code pénal, articles 223-1-1, 226-4-1 et 222-33-2-2 (Légifrance) ; e-Enfance, rapport de transparence 2025 du 3018 ; Next, supprimer ses données identifiantes des résultats Google ; KultureGeek, suppression d’informations personnelles depuis les résultats Google (2025) ; Propulse by CA, masquer ses informations dans le répertoire Sirene.
Auteur / autrice
-
Voir toutes les publications Avatar d'Alexis Valin, fondateur de Tout sur la CyberAlexis Valin a fondé Tout sur la Cyber. Parent, passionné par la cybersécurité, il partage ce qu'il apprend sur les arnaques et les dangers en ligne. Il écrit et vérifie chaque guide du site.



